Lorsque Steven Surina (Shark Education) nous a parlé en 2013 de la disparition annoncée des requins, le choc a été rude. La prise de conscience aussi. Nous avons immédiatement adapté en conséquence les plans de nos prochains séjours plongée. Galapagos, Palau, Polynésie Française, Mexique, et bien entendu… les fameuses îles Cocos.

Fameuses, non pas parce qu’elles ont servi à la scène d’ouverture du film Jurassic Park, comme tout le monde l’a cru ou prétendu : cette scène a en réalité été tournée à Hawaiï.

Non, elles sont fameuses parce que, sous l’eau, toutes les plongées « méritent » d’être présent, d’être au cœur du spectacle, de nuit comme de jour. Tout est possible, vous pouvez vous attendre à tout, y compris au mauvais temps et à des mises à l’eau sportives, puisque la meilleure période pour plonger est souvent la plus venteuse et pluvieuse. Cela dit, on s’habitue à tout à force de passer 3 à 4 heures par jour sous l’eau. Une eau d’ailleurs plutôt chaude pour un mois de juillet, autour de 27°C.

Bref, sans déflorer par écrit ce que vous pourriez voir avec de bien meilleures sensations à travers une vidéo, je retiens surtout les moments forts suivants :

Lors de notre 1ère plongée (sur un site appelé Manuelita), nous rencontrons 1 requin tigre, 1 requin baleine, 1 requin Galapagos, et un banc de Marteaux. Bilan : le sourire obligatoire et les yeux qui brillent sur tous les visages à la remontée au bateau.

Plongée de nuit avec de puissants phares, et là c’est l’apocalypse, une frénésie de requins pointe blanche qui chassent, débusquent, s’affolent, tenter de pénétrer une anfractuosité plus petite qu’eux, de chasser des proies improbables que nous n’avons même pas le temps de voir. C’est un furie totale décuplée par l’effet des lampes dont ils se rapprochent pour profiter des zones éclairées, en espérant y dénicher quelque chose à manger… Et au moment où je m’y attends le moins, en regardant une grande raie pastenague planant langoureusement au milieu du ballet des requins, j’aperçois une ombre du coin de l’œil. Je tourne la tête et tombe sur… un requin Tigre. Aucun doute, il tourne autour, reste à distance, à l’écart de la lumière des lampes, ce qu’il peut voir et sentir lui suffit, il attend son heure. Sur le moment, le palpitant se met en marche, l’adrénaline ne tarde pas, on regarde de moins en moins ce qui se passe devant nous, mais plutôt ce qui se passe derrière et au-dessus. D’accord, nous aimons les requins, oui mais le requin Tigre nous aime t-il lorsqu’il sort chasser la nuit ? 😉

Et l’incontournable de chaque plongée, ce sont les fameux bancs de requins marteaux qui passent et repassent en escadrilles parfaites, et qui parfois viennent se « poser », chaque requin à son tour, sur des « stations de nettoyage » où les attendent de petits poissons nettoyeurs pour les débarrasser de leurs parasites : scènes d’autant plus extraordinaires que si les plongeurs ont la patience d’attendre dans le calme, plaqués et cachés dans les rochers autour de ces aires de nettoyage, les requins peuvent parfois s’approcher à 50 cm de vous. C’est totalement saisissant. Mes yeux s’écarquillent, je reste parfois en apnée quelques dizaines de secondes pour ne pars faire de bulles et risquer d’éloigner le requin… Magique !  Vous verrez tout cela sur la vidéo ci-dessous. Et quand on remonte sur le bateau et qu’on se regarde à tour de rôle, les regards ont tous le même air halluciné, comme perdus dans le vague, encore en train de fixer des choses qu’ils n’imaginaient même pas pouvoir approcher de si belle manière. Inutile de tourner autour du pot : si vous appréciez la magie d’une faune pélagique, les îles Cocos sont faites pour vous.

Ce bateau (l’Argo) ressemble davantage à un bateau « technique » orienté vers la recherche qu’au bateau de plongée loisir classique, il possède un petit sous-marin jaune pouvant emporter jusqu’à 2 touristes-plongeurs dans les abysses sombres et glaciales des fonds marins. Il se présente comme une sphère dont la coupole supérieure est un hublot. Le prix d’une descente est réellement élevé (il en existe 2 formules, dont l’une permettant d’atteindre 300 mètres). Nous n’avons pas tenté la chose, qui laissait une fois sur deux les passagers sur leur faim… et leur faisait assurément rater la meilleure plongée du jour ! Mais qui sait ? Nous tenterons peut-être l’expérience à notre prochain voyage à Cocos

Car avec le recul on se dit que c’est assurément unique dans une vie faite de découverte et de curiosité, et ce que nous en avons aussi retenu, c’est qu’il faut revenir aux îles Cocos. Mieux que ça : en fait on y revient forcément, un jour… Les émotions y sont tellement fortes, l’impression du bout du monde aussi, la tranquillité avec un, voire deux autres bateaux de plongée au grand maximum autour de l’ile. Et quand on prend vraiment conscience du privilège d’être ici, on peut facilement prendre la décision d’y revenir, si le budget le permet bien entendu car la destination reste chère, et ça ne risque pas de changer. Vous ne me croirez peut-pas, mais certains sont d’ailleurs devenus tellement Cocos-addicts qu’il sont venus faire cette croisière 27 fois au total (un couple d’Allemands ayant plongé partout dans le monde ») !!! 😮   Cela dit, même si venir 27 fois était complètement exceptionnel de l’avis de tous les autres plongeurs à bord, je n’avais jamais vu sur un bateau autant de plongeurs en train de refaire un même voyage-plongée : en fait, cinq d’entre eux étaient déjà venus précédemment.

Je n’estime faire partie des plongeurs passionnés, je ne vis pas à proximité d’un littoral ou de sites de plongée qui me donneraient l’envoie de plonger chaque semaine. Depuis que mon niveau s’est amélioré et que j’ai gagné en confiance, j’ai donc décidé de réserver ce plaisir (qui DOIT rester un plaisir et pas une routine) à des destinations d’exception (de mon point de vue), anticipées et « budgetisées » longtemps à l’avance. C’est d’autant plus nécessaire pour moi que je constate que les fonds marins se dégradent, que globalement les espèces les plus remarquables disparaissent elles aussi, et que le nombre de plongeurs augmente de pair avec celui de la population mondiale (NB : les plongeurs font-ils également fuir la faune sous-marine ? on en reparlera sûrement sur ce blog). On aura beau tenter de protéger certains sites, le poids de l’argent, du business et de l’intérêt personnel l’emportera trop souvent.

Mais gardons espoir : il existe encore des sanctuaires de la vie animale, et sans aucun doute, Cocos en fait partie.

Allez plonger aux îles Cocos, n'attendez pas !

Vidéo avec GoPro 3+ Black edition